Aller a la Webe

Mireille, 59 ans, est née et a grandi à Joigny-sur-Meuse, dans le massif ardennais.

De cabanes dans le bois en cueillettes dominicales, de la récolte du bois de chauffage en promenades tranquilles… Témoignage d’un mode de vie forestier, dans un monde qui bouge et se complexifie.

Mireille, habitante de la forêt ardennaise. De cabanes dans le bois en cueillettes dominicales, de la récolte du bois de chauffage en promenades tranquilles…Témoignage d'un mode de vie forestier.

« Quand on était petits, la forêt, c’était le jeu avant tout : on allait faire des cabanes, on y passait des journées entières ! Et puis, c’était aussi le mystère… À Joigny, il y avait un petit marais dans le bois, et nos parents nous interdisaient d’y aller car ils avaient peur qu’on s’enlise. Alors forcément, quand c’est interdit… L’envie est tellement cuisante ! On allait dans cet endroit, qui s’appelait l’étang Civette, et on avait l’impression d’entrer dans un endroit étrange : pour peu, on aurait vu arriver les farfadets nous attraper par les pieds ! Quand j’y repense… On parcourait quand même beaucoup de kilomètres dans cette forêt, on allait vraiment très loin. Et puis, on était cueilleurs. Même enfants, on était cueilleurs : on allait aux noisettes, on allait aux mûres – les mûrons, comme on les nomme ici ! On connaissait un noyer sauvage, j’allais au tilleul avec ma grand-mère… Oui, on était encore cueilleurs. 

Aujourd’hui, j’ai 59 ans. Et pour la petite histoire, avec mon mari, on a aussi voyagé, on est partis vivre dans les Hauts-de-France et aussi dans le Sud, dans les Bouches-du-Rhône. Et quand on nous demandait ce qui nous manquait de chez nous, au-delà de la famille, on disait que c’était la forêt. Il y avait quelque chose de l’ordre du parfum de chlorophylle, de la couleur qui nous manquait là-bas… Alors on est revenus, et on n’est plus jamais repartis ! 

Avec nos enfants, on allait – je vais employer le mot patois – “à la wèbe”, à la coupe de bois. Et mon fils, qui a 32 ans aujourd’hui, le revendiquait : on n’allait pas à la wèbe, si on n’avait pas les saucisses, c’était pas possible.  Donc on allumait le feu, et on faisait cuire soit la tranche de lard, soit la saucisse. Aujourd’hui, on ne peut plus faire de feu…

Paysage forestier dans le massif au printemps, tout proche de Bogny-sur-Meuse.

L’environnement a-t-il changé ?

Oui, notre environnement a changé. Avant, c’était la liberté totale. Et ce n’est pas pour cela qu’on faisait n’importe quoi, il y avait un profond respect. Aussi parce que, la forêt – et ça, quand je me suis mise en ménage, c’était le must du must ! – nous fournissait des meubles en chêne. On voyait tout en chêne : la table en chêne, le buffet en chêne, les premières cuisines intégrées en chêne… C’était du bois des Ardennes françaises et belges. Quand on avait une paire de chênes dans sa coupe de bois, on était heureux, car le chêne on sait que ça chauffe, que ça apporte de la force au foyer.

Aujourd’hui, avec mon mari, on a la chance d’habiter sur ce promontoire qui nous laisse cette magnifique vue sur le début de Vallée de la Meuse. Depuis quelques années maintenant, les gens me disent : “Oh, qu’est-ce que c’est beau la colline, c’est bien vert !”. Je dois dire que moi, je l’ai vue changer. Il y a beaucoup de taches sombres, malheureusement, qui révèlent les arbres morts. Les chênes sont vraiment en grande souffrance. Alors, ça ne veut pas dire que la forêt meurt, mais en tout cas on voit des essences qui disparaissent, et d’autres qu’on ne voyait pas avant. L’histoire du scolyte, quand même, vient nous rappeler que le sapin faisait partie de la forêt – mais quelques sapins ! De là à voir des forêts de sapins ici…. Alors que c’est déjà multiple les essences qu’on a ici : je parlais du chêne, mais on a aussi du bouleau, du hêtre, du charme…

Si on parle de l’émotion lorsque j’observe une parcelle de bois qui est mal en point, c’est la tristesse. Car si on perdait tout ça, on enlèverait un poumon à l’Ardenne ! Le massif lui permet aussi de respirer. Alors c’est vrai, il a probablement évolué au cours des siècles. Au Moyen Âge, ici, c’était certainement bien plus déforesté. Le bois servait à la construction, à la cuisine… Sans bois, personne ne pouvait vivre. C’était la forêt nourricière.

D’ailleurs, cette image de forêt nourricière, je pense qu’elle existe encore. Simplement, on n’est pas nourris de la même façon ! La forêt nous permet de rester en bonne santé avec tout ce qu’on peut y faire : le VTT, l’engouement pour le trail ou encore les clubs de marche… Et ça vient nous redire, aujourd’hui encore, combien elle est importante. »

Témoignage de Mireille Renollet, retranscrit par Lucie Le May

A retrouver également en podcast

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